Les Femmes

Le pouvoir de la femme aux Comores

Dans l’histoire des Comores, la femme dispose d’un pouvoir très important au sein de la famille. Ce pouvoir lui est dévolu par héritage ancestral. La famille entière concède à la grande fille de la maison tous les patrimoines familiaux y comprise la gouvernance des affaires familiales afin qu’elle assume la relève de sa mère, une fois mariée. C’est autour d’elle que la famille doit se réunir, la rencontrer à tout moment et formuler toutes les doléances individuelles ou collectives. C’est à elle qui revient les grandes décisions et orientations de la famille. C’est à elle qu’on confie naturellement la garde des dépôts des biens de la famille ou de chaque membre de celle-ci.

Par conséquent, la femme au sein de la famille, se voit transférer tous les pouvoirs familiaux de tous ses composants (parents, tentes, grands-parents, oncles, et frères) au détriment de ces derniers. Rien ne peut être décidé sans elle et en dehors de son aval. À tel point qu’elle a ravi aux oncles leur prééminence familiale, pour avoir le titre de « Tonton Fatima ou Tonton Mariama ». C’est pour dire qu’elle a l’hégémonie de la famille et devenue sa référence. Cette acquisition hégémonique de la femme au sein de la famille, n’est pas sans conséquences. Outre les obligations de la famille qui font son honneur et son prestige, elle doit prendre en charge financièrement et matériellement chaque membre de la famille. Elle doit participer à leurs grands événements et ceux de leurs belles familles. Certes qu’elle reçoit de leur part ce qui n’est pas souvent le cas, mais elle doit dépenser pour eux sous peine d’un déshonneur familial. Ainsi, elle a une obligation morale, financière et nourricière envers eux. Toute la famille en dépend d’elle, sinon elle perd sa place familiale qu’on l’a accordée.

Pour ce faire, la famille construit une maison pour leur fille, on la meuble et on célèbre son grand mariage. En contrepartie, le mari est tenu à verser à la famille de sa femme des kilos des bijoux en or, des tonnes de vêtements, des chaussures et consorts, ainsi que des millions d’argent au profit de la femme. Le mari, pour vivre harmonieusement avec sa femme, doit se conformer aux idéaux de la famille de celle-ci, sous peine d’être chassé du royaume familial, comme un malpropre. Il arrive souvent que le mari avant de célébrer son grand mariage, avait lui-même construit sa maison avec sa femme ou uniquement par ses propres moyens. Le problème, ce qu’il a construit sur un terrain propre à sa femme. Quel que soient les sources, l’homme est sous la menace pérennante d’être expulsé un jour à l’autre, lorsqu’il se désolidarise des intérêts de la famille de son épouse. Cette cohabitation du mari chez la femme ne fait que renforcer et confirmer le pouvoir écrasant de celle-ci à l’égard de son mari.

En effet, le mari a un rôle d’arrière-plan, sinon un rôle secondaire derrière sa femme. Il doit se soumettre aux ordres de son épouse sous peine de tout perdre et se trouver sans abri. Cette soumission coutumière de l’homme à sa femme, je dirai civilisationnelle de générations en générations, très ancestrale ne connait pas de repli. Bien au contraire, de surcroit, avec le fait des droits de la femme en France, en qualité de « je viens », elle est grandissante et pèse lourd sur l’ensemble du pays en particulier l’Ile autonome de Ngazida. Même si c’est le mari qui a construit la maison par ses propres moyens, dès lors, qu’il a construit sur le territoire de sa femme et dans l’hypothèse qu’ils ont eu une fille ou des filles, l’homme se fait chasser de cette maison sans aucune défense, ni moindre excuse, ni possible recours. C’est cette position dominante que la femme occupe sur son mari au sein de la famille. Telle est la faiblesse de la société comorienne. La gouvernance de notre société puise ses origines dans la modèle successoral de gérance familiale.

Toutefois, il faut reconnaitre que cette prééminence de la femme sur l’homme dans la place de la famille, n’est pas le fruit du hasard. Elle trouve sa légitimité dans les responsabilités de la famille en endossant toutes les charges pleinement du meilleur au pire. En effet, c’est chez la grande fille à l’instar de maison de repos qu’elle lui revient la garde des parents. C’est chez elle qui devient la maison de repos pour toute la famille : parents, oncles, frères, voir souvent grands-pères et grands-mères. C’est ici qu’il atterrit l’’homme de la famille, chassé par sa femme. C’est ici également, les hommes de la famille qui souhaitent finir leurs derniers jours de la vie. Pourvu que la dernière génération de la famille ne les ont pas rejetés, faute qu’elle les connaisse pas, ce qui est très rare.

Par conséquent, la femme dans la famille comorienne, en particulier grande Comore ravit les places et les parts des hommes, pour occuper une place inégalée sur le dernier. C’est ainsi, dans le partage de l’héritage familial, elle rafle tous les parts patrimoniales, qu’il s’agit de maison familiale, de terrains ou des champs (magnahoulis) ou autres. Autrement dit, les hommes lui concèdent tous les patrimoines, sans partage pour immuabilité des patrimoines familiaux et pour garantir l’unicité de la famille. Il faut noter que par usage et coutume, l’homme qui ose évoquer un éventuel partage des biens familiaux, non seulement porte atteinte et un déshonneur à la famille, mais aussi, il est vite neutralisé par ses consorts, jusqu’à qu’il renonce à cette idée malsaine et non avenue dans la famille.

A ce pouvoir sans partage de la femme comorienne dans les rangs de la famille, s’ajoute un autre pouvoir considérable, celui du matériel de la femme comorienne qui vit en France. Comme on le sait, trop de pouvoirs, trop d’arbitraires. Car, il est incontestable que celui qui achète les violons, choisit sa musique. Tous les couples comoriens vivant en France, lorsqu’ils ont une maison aux Comores, le moment des difficultés, quel que soient les conditions, la maison revient d’office« ipso facto », à la femme. L’homme comorien est par nature perdant dans sa vie, même s’il a raison et il accepte ce donné naturel qui fait de lui enfin sa fierté. Pour cela, il demeure toujours en pleine construction pour sa survie jusqu’à sa mort.